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L'impact de certaines espèces envahissantes sur l'environnement commence à être cerné par les scientifiques. Pour ces espèces déjà connues, il est urgent de passer à l'action pour ralentir ou bloquer le processus d'envahissement. L'action de contrôle précoce permet aussi de se donner les délais nécessaires pour tenter de mieux comprendre les mécanismes non encore élucidés qui sont à l'origine de ces invasions.

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Fallopia japonica

Lutter contre la Balsamine de l'Himalaya. Lire tout l'article...

L'impatience de l'Himalaya


2010-03-21

La Balsamine de l'Himalaya (ou Balsamine géante)

 

Impatiens glandulifera Royle .

 

Description de l'espèce :

 

La Balsamine de l'Himalaya Impatiens glandulifera Royle, parfois nommée aussi « Balsamine géante » ou encore « Impatience de l'Himalaya » appartient à la famille des Balsaminaceae, qui comprend environ 850 taxons. L'espèce est originaire de l'Himalaya occidental, elle occupe là une région étendue d'environ 800 km de long et 50 km de large, dont les altitudes sont comprises entre 2000 et 2500 m. Cette plante peut dépasser 2 mètres de hauteur en Europe. Les feuilles sont disposées en verticilles (petits étages) de 2 à 5 feuilles, plus généralement 3, elles sont lancéolées et bordées de nombreuses petites dents. Assez typiquement, les pétioles des plus grandes feuilles sont ornés de petites excroissances glanduleuses, ce qui permet de la distinguer de sa cousine l'Impatience de Balfour, morphologiquement très proche. Les fleurs sont de couleur rose-pourpre variable, parfois blanches, ou entièrement pourpre. Ces dernières éclosent à partir de juin jusqu'à octobre sous nos latitudes, et dégagent un arôme entêtant et doux. Elles sont auto fertiles. Les graines sont contenues dans une capsule déhiscente, qui explose à maturité, ce qui a valu à cette famille de plantes le surnom d'impatiences. Selon les auteurs, l'espèce exotique dont on parle peut produire jusqu'à 800 ou 2500 graines par pied, ce nombre étant très variable, selon les habitats et les individus. La dispersion des graines se fait dans un rayon de 5 mètres autour de la plante mère, ce qui provoque une pluie de l'ordre de 5000 à 6000 graines par mètre carré lorsqu'on a affaire à une colonie serrée de ces plantes. Sa reproduction peut également se faire par bouturage à partir des tiges ou des racines.

 

D'autres Impatiences exotiques sont invasives en Europe comme l'Impatience du Cap originaire d'Amérique du nord et l'Impatience à petites fleurs qui provient d'Asie centrale. l'Impatience de Balfour et l'Impatience balsamine sont également des espèces d'origine exotique qui se sont répandues dans le milieu naturel, mais leur impact est considéré comme étant moindre.

 

Il existe une espèce de Balsamine européenne qui est l'Impatience ne-me-touchez-pas. Cette élégante plante à fleurs jaunes est l'unique représentante de son groupe en Europe et abrite au moins une espèce d'insecte qui lui est spécifique : la très rare mouche Eustroma reticulatum Denis & Schiffermûller. Il n'est pas impossible que l'Impatience européenne et les insectes qui lui sont associés, pâtissent un jour de la trop forte présence de ses cousines d'importation.

 

Milieux colonisés :

 

L'espèce a une prédilection pour les habitats des rives humides et des forêts alluviales avec des sols riches en azote. C'est une espèce de demi ombre qui est essentiellement liée au réseau hydrographique.

 

Histoire de son expansion :

 

La Balsamine de l'Himalaya a été introduite en Europe au début du 19ème siècle. Le premier enregistrement de sa présence a été réalisé en 1839, en Angleterre. Il s'agissait de plantes qui avaient été amenées depuis l'Asie pour l'ornementation des jardins décoratifs de la reine Victoria d'Angleterre. En peu d'années, la plante est allé se répandre aux alentour, et on estime que sa naturalisation effective dans la campagne anglaise a été établie dès 1855. Elle est aujourd'hui installée dans plus de 23 pays, et son expansion est très bien documentée. On estime que la phase d'invasion proprement dite a débuté il y a environ 50 ans. Cette plante aux excellentes propriétés mellifère est favorisée par les apiculteurs.

 

Mode d'invasion :

 

Les graines peuvent être entraînées par le courant lorsque la plante habite au bord des rivières ce qui est le plus souvent le cas. Ces graines ne flottent pas, mais voyagent sur le fond de l'eau. Cette particularité n'est pas un désavantage, car la germination peut se faire sous l'eau et les plantules sont alors prêtes à prendre racine dès qu'un courant plus fort ou une légère crue les dépose dans une nouvelle zone de sol perturbé. Les tronçons de tiges peuvent aussi constituer des éléments de propagation de l'espèce, lorsqu'ils sont arrachés par les crues ou bien lors de travaux, et transportés ensuite par l'eau. La plante est aussi parfois véhiculée par l'homme, involontairement ou bien volontairement comme cela a pu être constaté parfois, pour la planter dans des jardins privatifs.

 

Les impacts négatifs de la Balsamine de l'Himalaya :

 

De nombreux exemples de nuisances entraînées par la Balsamine de l'Himalaya lorsqu'elle se développe en grandes colonies, montrent qu'elles recoupent celles occasionnées par d'autres plantes envahissantes habituelles des berges humides de cours d'eau.

 

Hydrologie :

Par exemple, en République Tchèque, où déjà 30% de la flore est constituée d'espèces exotique, on a pu constater des problèmes d'écoulement des eaux provoqués par la Balsamine qui peut pousser en grands massifs luxuriants.

 

Érosion :

Lorsque d'importants massifs de Balsamine, implantés au bord d'une rivière, meurent en automne, la rive est laissée littéralement à nu et devient alors très vulnérable à l'érosion par les crues d'hiver.

 

Compétition écologique :

Un problème écologique survient aussi lorsque de grandes surfaces de terrain sont colonisées par cette plante de haute taille. Sa présence tend à évincer de ces territoires, de nombreuses espèces végétales locales plus petites qui périclitent par manque d'accès à la lumière. De plus, et comme si cela ne suffisait pas, la plante risque de provoquer un déséquilibre pour l'accès à la ressource des insectes pollinisateurs. Ceux-ci étant nécessaires à la production des graines pour beaucoup de plantes, le fort pouvoir attractif des fleurs de la Balsamine vis à vis des abeilles risque de réduire fortement la fréquentation des autres fleurs par ces dernières, entraînant un déficit de fécondation pour la flore locale. D'autres études ont trouvé que la Balsamine de l'Himalaya diminue la biodiversité des communautés végétales en pouvant faire baisser le nombre d'espèces de 25%. Cette plante peut entrer en compétition avec les plantes autochtones, y compris les arbres, en empêchant la germination de leurs graines, ce qui, à terme, peut influer de manière négative sur le cycle de régénération d'une forêt.

 

Appauvrissement écologique du sol :

On ne connaît pas de champignon mycorrhizien associée à la Balsamine de l'Himalaya. On peut supposer qu'à terme, la présence de la plante peut appauvrir la flore des champignons contenue dans les sols, ainsi que tous les microorganismes associés.

 

Les effets constatés dans une communauté écologique :

 

Une étude menée en République Tchèque dans le milieu naturel (Hejda & Pysek, 2006) montre que l'invasion de parcelles expérimentales n'a pas eu d'effet significatif sur la composition des espèces de la communauté végétale, lorsqu'on considère uniquement l'aspect qualitatif de présence-absence des espèces.

A la différence, au Royaume-Uni, une autre étude (Hulme and Bremner, 2005) ) à montré que l'enlèvement des Balsamines dans certaines parcelles avait été suivi d'une augmentation très significative de la biodiversité aux endroits traités.

Les différences de résultats observés entre les expériences tchèques et britanniques pourraient être dues aux différences de densité relative des massifs de balsamines dans les deux régions d'étude. Là où les balsamines couvrent fortement le sol, à plus de 80% comme en Angleterre, leur enlèvement laisse la place libre à l'installation d'une communauté plus diverse tandis qu'en République Tchèque, là où les balsamines se trouvent en massifs plus lâches et beaucoup moins denses, une certaine biodiversité en terme de nombre d'espèces peut persister malgré tout, sous un ombrage rendu moins opaque.

Il ne faut pas non plus exclure la possibilité d'un biais introduit par la préexistence de certaines communautés végétales ayant pu favoriser ou au contraire empêcher l'implantation de la Balsamine, au moment de son arrivée.

 

Les placettes envahies sont fortement corrélées à la présence d'espèces affines telles que le Galéopsis orné Galeopsis speciosa, le Galéopsis commun Galeopsis tetrahit, l'Impatience ne-me-touchez-pas Impatiens noli-tangere, tandis que les places qui accueillent le Faux roseau Phalaris arundinacea et la Chélidoine Chelidonium majus semblent moins attirantes pour la Balsamine de l'Himalaya.

Dans une autre expérience où l'on a retiré volontairement la Balsamine des placettes expérimentales on a trouvé que les zones préalablement envahies accueillaient de préférence, l'Impatience ne-me touchez-pas Impatiens noli-tangere, le Pâturin commun Poa trivialis, l'Agrostide stolonifère Agrostis stolonifera, tandis que les zones où l'espèce avait été enlevée voyaient s'installer la Cuscute d'Europe Cuscuta europaea, le Silène blanc Silene alba et la Bardane commune Arctium lappa.

 

Du point de vue des caractéristiques géochimiques, une étude récente (cité dans Hejda & Pysek, 2006) tend à montrer que la Balsamine de l'Himalaya modifie peu les sols en ce qui concerne l'acidité, les taux de carbone et d'azote, même là où elle croît en populations denses.

 

Bilan des impacts :

 

Selon les auteurs, la Balsamine de l'Himalaya bien qu'étant une plante invasive remarquable, apporte relativement moins de nuisances que d'autres espèces. Elle tend à dominer, sans parvenir à les éliminer toutefois, d'autres espèces nitrophiles peu sensibles et largement répandues comme l'Ortie commune Urtica dioica, le Chérophylle bulbeux Chaerophyllum bulbosum, le Chénopode blanc Chenopodium album, le Chardon crépu Carduus crispus. On note qu'une espèce commune des friches nitrophiles, le Gaillet gratteron Galium aparine, est toutefois susceptible de limiter les capacités de croissance des jeunes pousses de Balsamines en les surchargeant.

 

Implications pour la gestion :

 

On doit garder en tête, avant toute tentative d'éradication, que les méthodes employées risquent fort de recréer très rapidement un environnement favorable à l'arrivée d'autres espèces envahissantes qui affectionnent les mêmes milieux.

 

En République Tchèque, par exemple, l'invasion des milieux naturels par la Balsamine de l'Himalaya ne représente pas une préoccupation majeure pour la conservation de la biodiversité indigène. La question se pose donc ici de savoir s'il demeure judicieux d'envisager des actions d'éradication, un résultat satisfaisant pouvant être rapidement obtenu, mais au détriment d'un risque accru de sur-invasion par des espèces bien plus nocives à moyen terme, profitant de la perturbation apportée.

 

Une voie intéressante peut être suggérée en direction d'une renaturation des berges de rivières, de manière à faire baisser le niveau d'eutrophisation des sols, rendant ainsi le milieu plus propice à l'installation de communautés végétales structurées pouvant faire écran à la diffusion des espèces invasives nitrophiles.

 

Enfin, il ne faut pas perdre de vue le caractère adaptatif de nombreuses plantes exotiques envahissantes, qui par effet de sélection successive, dérive climatique et déprise agricole, peuvent progressivement arriver à s'étendre vers d'autres habitats que ceux initialement occupés. C'est ainsi que la Balsamine commence à être observée dans des prairies, des bois et des champs cultivés, situés à l'écart des rivières.

 

 

Méthodes de gestion envisageables :

 

Action mécanique :

 

La plante est facile à couper et à arracher, aussi bien à la main qu'avec un engin, à la condition de pouvoir accéder facilement à son emplacement. Si l'on ne coupe pas en dessous du premier nœud, on est sûr d'avoir des repousses et de voir une floraison avant la fin de la saison. Si l'on respecte cette condition, une seule coupe ou un seul arrachage suffit. Une fauche menée à intervalles réguliers, même si elle est effectuée de manière incomplète, peut aussi empêcher les plantes d'arriver à la floraison.

 

Action chimique :

 

Bien que des solutions à base de produits chimique aient été proposées dans un passé récent, ces méthodes sont fortement déconseillées aujourd'hui, sauf cas particuliers, dans le cadre d'opérations précises et exceptionnelles, menées sur des massifs de grande ampleur, et inscrites dans des plans d'action validés par les organisations en charge de l'exécution de ces plans. Un traitement classique consiste alors à arroser les massifs de plantes avec du glyphosate, au printemps, lorsque le feuillage est déjà suffisamment développé, et avant que les fleurs n'apparaissent.

 

Contrôle biologique :

 

Les pistes du contrôle biologique sont les plus prometteuses pour envisager un traitement efficace et non polluant des massifs proliférant de Balsamine. Des études en faveur d'un traitement par l'importation d'insectes ou de microorganismes pathogènes avancent à grands pas et seraient en voie d'aboutir vers des solutions applicables en Europe. Il faudra néanmoins certainement attendre encore un peu pour que ces solutions soient dûment validées et répandues auprès des gestionnaires de territoires. Ces recherches ont montré que la plante a beaucoup d'ennemis naturels dans son aire originelle. On y a trouvé des microorganismes pathogènes, des champignons et des moisissures, ainsi que des invertébrés herbivores, entre autres des insectes, qui se nourrissent de ses feuilles. L'une des espèces pathogènes reconnue s'attaque déjà à la Balsamine à petites fleurs en Europe, ce qui laisse augurer une piste intéressante à relativement court terme. Cette moisissure (Puccinia komarovii Tranz) infecte les tiges des jeunes plantes et provoque leur mort avant la floraison.

Plus concrètement, aujourd'hui, on ne peut concrètement préconiser comme type de contrôle biologique, que le broutage et le piétinement local des terres par le bétail, ce qui empêche les germinations et reprises de boutures à la suite du tassement du sol.

 

Contrôle par gestion environnementale :

 

Bien gérer les milieux dans lesquelles la Balsamine est susceptible de s'installer ou de proliférer reste l'une des solutions les moins coûteuses à terme et constitue une démarche qui cumule les avantages. On peut tenter de maintenir une couverture végétale dense de plantes heracées au raz du sol, ce qui, par effet de compétition entre les plantes, va empêcher les jeunes plants de Balsamine de lever. Cette manière de faire peut aussi permettre de lutter contre d'autres plantes invasives qui procèdent par compétition pour l'accès à la lumière comme par exemple la Renouée du Japon.

 

 

Références bibliographiques :

 

Hejda M. & Pysek P. (2006) What is the impact of Impatiens glandulifera on species diversity of invaded riparian vegetation? . Biologocal Conservation, 132, 143-152.

Hulme P.E. & Bremner E.T. (2005) Assessing the impact of Impatiens glandulifera on riparian habitats: partitioning diversity components following species removal. Journal of Applied Ecology, 43, 43-50

Kollmann J. & Bañuelos M.J. (date : unknown) Latitudinal trends in growth and phenology of the invasive alien Impatiens glandulifera Royle In: (ed. Royal Veterinary and Agricultural University C, Denmark.)

Muller S. (coord.) (2004) Plantes invasives en France.

Newman D.J.R. (1999) Himalayan Balsam. CAPM Information Sheet, 5.

Tanner R. (2009) The Biological Control of Himalayan balsam. Collaborative project on studies on the invasive species Impatiens glandulifera. In: Knowledge for life. (ed. CABI). CABI.

Tanner R., Ellison C., Shaw R. & Evans H. (2008) Losing patience with Impatiens : Are natural ennemies the solution? Outlooks on Pest Management, 1.

Tanner R.A. (2006) Final Report. The Potential for the Biological Control of Himalayan balsam (Impatiens glandulifera). In: (ed. VM03082. CR-). CABI.

Tanner R.A. (2008) A Review on the potential for the biological control of the invasive weed, Impatiens glandulifera in Europe. In: Plant Invasion : Human perception, ecological impact and management (eds. Tokarska-Guzik B, Brock JH, Brundu G, Child L, Daehler CC & Pysek P), pp. 343-354. Backluys Publisher, Leiden, The Netherlands.

 

Pierre Gotteland

Réponse et arguments à déposer dans le forum : Forum_invasives

Nouvelles en vrac :


2008-06-13
Control_bio_Impatiens

Vers le contrôle biologique de la Balsamine de l'Himalaya

 

Qu'entend-on par « contrôle biologique » ? :

 

La réussite écologique de certaines plantes exotiques dans les nouvelles régions où elles sont introduites, peut s'expliquer en partie par le fait qu'elles n'y sont plus soumises aux attaques de leurs ennemis naturels. Parmi la multitude de ces ennemis naturels, on peut distinguer des ennemis généralistes, qui s'attaquent aussi à d'autres plantes, et des ennemis spécifiques, qui ne s'attaquent qu'à leur plante favorite. Ces ennemis peuvent être aussi bien des consommateurs herbivores que des organismes pathogènes, ils contribuent à maintenir une certaine pression contre le développement excessif des populations de plantes potentiellement envahissantes. Lorsque cette pression se relâche, la plante peut alors mettre toute son énergie à produire plus de masse végétale et plus de graines, ce qui favorise les processus d'envahissements dans les régions nouvellement colonisées, là où les ennemis naturels de la plante sont absents. La démarche classique dite de « contrôle biologique » repose sur cette constatation et  propose de réintroduire les ennemis spécifiques afin de réduire le potentiel de croissance de la plante.

 

Monter un programme type de contrôle biologique :

 

On commence en général par faire une ou plusieurs études de faisabilité d'un contrôle biologique complet. Dans les cas où aucun agent potentiel de contrôle ne peut être trouvé, on peut alors considérer que la solution du contrôle biologique demeure seulement en option, à côté d'autres méthodes qui seront favorisées. La première phase d'étude passe par un point complet sur la bibliographie scientifique existante. Ensuite, on se rend sur place, dans l'aire d'origine de la plante, pour y faire des observations naturalistes d'ensemble. Durant ce second temps, un programme de terrain plus intensif est lancé, visant les différentes régions géographiques d'où la plante est originaire, pour essayer de lui trouver des ennemis naturels. A ce niveau sont engagées des collaborations avec les organisations locales et les laboratoires de recherches.

Une fois que cet inventaire sur le terrain est réalisé, on entame un processus de sélection des meilleurs organismes « agents » de contrôle possibles. On détermine aussi quelles sont les plantes susceptibles de devenir des hôtes non désirés de ces agents de contrôle dans la nouvelle aire d'introduction. En effet, de la connaissance de ce panel de plantes dépendra la sécurité de celles qui ne sont pas ciblées par le contrôle. Il s'agit donc d'un processus d'estimation des risques vis à vis de la végétation autochtone et des cultures. Cette démarche de vérification prend du temps et doit être menée en laboratoire dans des conditions de confinement et de quarantaine strictes, durant tout le temps que durent les cessions de tests utilisant ces nouveaux organismes.

Une liste de plantes est ensuite éditée en suivant une démarche rigoureuse : la méthode dite « phylogénétique centrifuge ». On commence par sélectionner un petit groupe de plantes, qui sont très proches au point de vue taxonomique, de la plante cible, et qui ont des caractéristiques morphologiques et physiologiques semblables. Puis on étend cette recherche à d'autres plantes, en sélectionnant des plantes dont la parenté est moins étroite du point de vue taxonomique. On complète cet éventail de plantes à risque en testant également des plantes fourragères, des plantes vivrières, protégées ou encore importantes pour d'autres raisons. Cette liste est susceptible d'évoluer au fur et à mesure de l'étude, lorsque les interactions entre agents naturels et plantes cibles sont mieux connues.

 

Des échecs sont possibles :

 

Depuis près d'un siècle, la science du contrôle biologique a progressé. On tente d'éviter aujourd'hui les grossières erreurs qui ont été commises dans les domaines écologiques, économiques et sanitaires. Cependant, outre ces dangers connus, un risque d'échec persiste surtout dans le fait que le retour sur investissement de programmes d'étude coûteux n'est absolument pas assuré. Les scientifiques ne peuvent pas anticiper sur les résultats de leurs découvertes et peuvent parfaitement ne pas trouver d'agents de contrôle possible, ou bien constater que les agents trouvés n'ont qu'une action limitée et insuffisante.

En ce qui concerne la Balsamine de l'Himalaya, les premiers résultats obtenus par  organisme de recherche indépendant sont plutôt encourageants. Un panel important d'agents biologiques à haut potentiel de nuisance a été trouvé dans l'aire d'origine de la plante, au Pakistan.

 

Des conflits d'intérêt à prévenir :

 

Des conflits d'intérêts surviennent fréquemment lorsque l'on démarre des tentatives de contrôle biologique. Classiquement, ces conflits surgissent entre les opérateurs du programme et les différents groupes d'usagers ou d'exploitants d'une ressource naturelle. Pour la Balsamine de l'Himalaya, on peut facilement anticiper par exemple que des antagonismes puissent venir de la part des producteurs de miel, car il est connu que l'espèce est très attractive pour les abeilles et constitue une bonne ressource en nectar. Il reste à mettre en balance face à ces intérêts partisans, l'importance des nuisances hydrologiques et écologiques induites par cette espèce. Ces nuisances qui ont déjà été chiffrées, entraînent à long terme, des coûts communautaires bien supérieurs aux bénéfices apparents, immédiats, et à court terme, dégagés au profit de l'apiculture.

 

Conclusion :

 

Le contrôle biologique de la Balsamine de l'Himalaya est une issue qui reste sérieusement envisageable dans un futur proche. Cependant, d'après les scientifiques, il ne faut croire qu'un contrôle biologique sera en mesure d'éradiquer l'espèce. Il devrait contribuer néanmoins à contraindre son expansion dans des limites supportables par les écosystèmes, tout en permettant aux espèces autochtones de se maintenir. Un programme de contrôle biologique de la Balsamine de l'Himalaya peut avantageusement être mené parallèlement avec des mesures de contrôle plus classiques comme la fauche ou encore, et dans une certaine limite, avec des traitements chimiques ponctuels et sévèrement contrôlés.

 

La liste des ennemis de la Balsamine :

 

Champignons et rouilles :

 

Une sorte de champignon, Phoma exigua, est très répandu dans l'aire d'origine et cause des dégâts considérables sur les feuilles, en créant des lésions nécrosées coalescentes à partir de taches concentriques qui s'agrandissent et finissent par laisser de larges trous dans les feuilles atteintes. Des essais d'infection volontaire ont été fait sur des Balsamines vivant en Angleterre, à partir d'une préparation de spores. Les lésions sont semblables à celles observées au Pakistan. Phoma exigua n'est pas un inconnu des microbiologistes, des variétés pathogènes de ce champignon ont déjà été testées sur d'autres plantes gênantes comme le Cirse des champs Cirsium arvense en Nouvelle Zélande, La Gaulthérie Gaultheria shallon au Canada, et l'Acroptilon Acroptilon repens aux USA.

 

Une espèce de rouille Puccinia cf. argentata, a été trouvée dans un site de la vallée de Khagan, où elle provoque de nombreux petits trous dans les feuilles de la Balsamine. A partir de cette observation, il convient d'identifier un ou plusieurs pathotypes, c'est à dire des souches génétiques qui s'avèrent plus ou moins actives, sur telle ou telle population de Balsamine. Il reste donc à confirmer si les populations de Balsamine de l'Himalaya initialement introduites en Angleterre sont génétiquement proches de celle qui sont sensibles aux pathotypes de rouille identifiés au Pakistan. Dans ce cas, on pourrait envisager d'employer ces pathotypes pour agir sur les populations indésirables des Balsamines importées.

 

Tableau des différentes espèces de Puccinia trouvées sur des Balsamines qui croissent en Angleterre :

 

Type de Balsamine  Espèce de Puccinia associée

 

Impatiens capensis             Puccinia argentata

                                   Puccinia impatientis

                                   Puccinia recondite

                                   Puccinia rubigo-vera impatientis

Impatiens glandulifera        Puccinia cf argentata

Impatiens parviflora            Puccinia komarovii

Impatiens noli-tangere       Puccinia argentata

 

Mildiou :

 

Deux espèces de mildiou, Plasmopara obducens et Sphaerotheca, balsaminae ont été observées sur les feuilles et sur les tiges de Balsamine de l'Himalaya au Pakistan. La première est déjà habituellement observée sur un grand nombre d'espèces d'Impatiences (I. noli-tangere, I. biflora, I. balsaminae, I. glandulifera), au Canada, en Allemagne, en Pologne, en Roumanie, en Inde et au Népal ; le second est largement distribué à travers l'Europe et jusqu'en Asie, il touche I. balsamina, I. noli-tangere, I. textori. Ces deux espèces sont plutôt considérées comme d'affinité assez large au niveau du genre Impatiens sp. plutôt qu'au niveau d'une espèce particulière. Aujourd'hui, on ne sait pas cultiver ces mildious et leur conservation nécessite l'emploi de techniques coûteuses. Au bout du compte, ceci fait qu'il est peu probable qu'ils soient choisis comme agents possibles de la lutte biologique.

 

Arthropodes :

 

On a observé des dommages, indiquant l'activité de divers prédateurs, sur les parties aériennes des plants de Balsamine dans l'ensemble de la zone d'étude au Pakistan. Les traces d'herbivorie (broutage par les petits animaux) sur les feuilles sont les plus visibles. Des adultes d'un insecte Taeniothrips major ont été aperçus en train de se nourrir sur les fleurs, tandis que des larves se nourrissaient des feuilles. Les dégâts causés peuvent être importants suivant la densité de ces insectes. On l'a aussi trouvé sur des Rhododendrons, mais sans savoir s'il s'agissait là d'une de ses plantes d'accueil. Alors que d'autres espèces d'Impatiences se trouvaient à proximité des Balsamines de l'Himalaya infestées par l'insecte, on n'y a pas remarqué de dégâts, ce qui suggère que la spécificité de l'hôte pour cet insecte est apparemment forte. Cette constatation fait de Taeniothrips major un bon candidat potentiel pour le contrôle biologique.

 

Un coléoptère Altica himensis est également abondant dans l'aire d'origine des Balsamines de l'Himalaya. Des études préalables avaient déjà démontré que cette espèce est la prédatrice de 6 espèces de plantes appartenant à 3 genres différents : Impatiens, Rumex, Oenothera. Des tests menés par l'organisation CABI sur 4 variétés d'Impatiens balsamina, ont confirmé que cet insecte n'est pas assez sélectif dans ses choix alimentaires et ne constitue donc pas un candidat intéressant pour la lutte biologique contre la Balsamine de l'Himalya.

 

Tableau résumant les espèces prédatrices et pathogènes trouvées le plus fréquemment sur la Balsamine de l'Himalya au Pakistan :

 

Espèce d'arthropode           Partie de la plante attaquée           Eligibilité au contrôle biologique

Phoma exigua                     feuilles                       forte

Puccinia cf. argentata                     feuilles                       forte

Plasmopara obducens                   feuilles            et tiges          moyenne

Sphaerotheca balsaminae            feuilles            et tiges          moyenne

Taeniothrips major  fleurs et feuilles         moyenne

Altica himensis        feuilles et tiges, graines et boutons           aucune

Evacanthus repexus           inconnu          aucune

Aphrophora spp.      feuilles                       inconnue

Lepidoptera spp.      feuilles                       inconnue

Hemiptera spp.        feuilles                       inconnue

Curculionidae spp.  feuilles                       inconnue

Apionidae spp.         feuilles                       inconnue

Chrysomelidae spp.           feuilles                       inconnue

Helicidae spp.                      feuilles et tiges, graines et boutons           inconnue

 

Bibliographie :

 

Tanner R., Ellison C., Shaw R. & Evans H. (2008) Losing patience with Impatiens : Are      natural ennemies the solution? Outlooks on Pest Management, 1.

Tanner R.A., Ellison C., Shaw R. & Evans H. (2006) Final Report. The Potential for the Biological Control of Himalayan balsam (Impatiens glandulifera). In: (ed. VM03082. CR-). CABI.

Tanner R.A. (2008) A Review on the potential for the biological control of the invasive weed, Impatiens glandulifera in Europe. In: Plant Invasion : Human perception, ecological impact and management (eds. Tokarska-Guzik B, Brock JH, Brundu G, Child L, Daehler CC & Pysek P), pp. 343-354. Backluys Publisher, Leiden, The Netherlands.

 

Pierre Gotteland